Portrait d'Olivier Orcière, expert cryptologue chez Thales Communications & Security à Gennevilliers

   Olivier Orcière   Expert cryptologue chez Thales Communications & Security

Parcours

Pourriez-vous nous rappeler rapidement votre parcours jusqu'à votre poste actuel ?

J'ai eu un parcours atypique. J'ai commencé à l'université de Provence Marseille Saint-Charles jusqu'au DEA (ancien Mastère) en mathématiques appliquées (à l'époque, on nous déconseillait les mathématiques pures).
Puis je suis parti aux Etats-Unis où j'ai fait un mastère d'algèbre à l'université de Santa Cruz avec Nicolas Burgoyne et un mastère de
théorie des nombres à Stanford avec Peter Sarnak.
J'ai pu, dix ans plus tard, achever mon cycle universitaire et faire une thèse d'informatique/mathématiques à l'université de Toulouse, devant un jury constitué de Pascale Charpin, Jean-Marc Couveignes, Reynald Lercier, Christian Maire, Farid Mokrane, et Gilles Zémor.

Motivations

Pourquoi avez-vous décidé d'étudier les mathématiques ?

Au lycée, les mathématiques sont un critère de sélection. J'y ai pris goût progressivement et finalement j'ai pu en faire mon métier. La cryptologie était l'un des rares domaines où l'on pouvait faire de l'algèbre et de la théorie des nombres de haut niveau. L'algèbre et la théorie des nombres ont toujours été un fil conducteur pour moi.

Qu'est-ce qui amène un mathématicien de formation à une carrière en entreprise ?

Rentré en France en 1989, Thales recherchait un mathématicien pour leur laboratoire de Cryptologie. J'ai pu suivre ainsi un DES sur les courbes elliptiques avec Jean-François Mestre à Paris VI Jussieu comme formation dès ma première année pour travailler dans ce laboratoire.

   Comment êtes-vous entré dans la filière industrielle ?
La carrière universitaire nous était déconseillée à l'époque (1980) en faculté et il ne nous restait donc que la filière industrielle à explorer. En regardant les annonces d'un journal, j'ai vu une offre de poste de Thales qui recherchait un mathématicien. J'ai eu de la chance car à l'époque (1989), il y avait peu de laboratoires de cryptologie en France.

 

   Pourquoi avez-vous choisi ce secteur ?
Parce qu'il était idéal pour moi et me permettait de mettre en pratique les mathématiques apprises au cours de ma formation universitaire.

 

La réalité du métier

Votre vision des maths a-t-elle changée depuis que vous êtes entré dans le monde du travail ?

Non les mathématiques sont un domaine très stable. C'est plutôt le monde du travail qui a changé : il  s'est singulièrement durci !

   Pouvez-vous décrire un projet dans lequel les mathématiques ont joué un rôle important ?
Oui : le projet était de réaliser un générateur de clés publiques/privées pour le RSA sur une carte à puce.

 

Comment votre travail s'organise-t-il ?

Nous sommes un bureau d'étude et de conseil. Nous réalisons  plusieurs types d'étude : conception, implantation, attaques, protections contre les attaques  et études théoriques en amont.

   Quelle est la place occupée par les mathématiques dans votre métier ?
80% , le reste étant du support.

 

Est-ce bien payé ?

Non... comparé aux profils commerciaux. J'aurais eu un meilleur salaire en étudiant des maths financières. Mais je crois que je me serais  ennuyé dans une banque. Je ne me plains pas vu la conjoncture.

   Que faites-vous actuellement ?
Je m'occupe de générer des nombres premiers aléatoires pour le système de chiffrement RSA (entre autres)

 

Retour sur la formation

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre formation, en ce qui concerne les maths, mais pas uniquement ?

La formation Universitaire en mathématiques en France était excellente en 1980 mais manquait de cohérence globale. Les filières de mathématiques pures ne menaient bien souvent à aucun métier mis à part celui d'enseignant universitaire. D'où la raréfaction des candidatures.

Selon vous quelles sont les raisons qui font des mathématiques le sujet le plus difficile et aussi « détesté » parmi les autres disciplines ?

Parce que cette matière est mal présentée en général en France. L'enseignement étant parfois trop abstrait et coupé  des réalités.

Etes-vous satisfait(e) de « l'utilisation» de vos connaissances mathématiques ?

Oui mais actuellement je n'en utilise que 10% dans la pratique.

   Changeriez-vous quelque chose de votre vie comme mathématicien ?
Non, mais les mathématiciens souffrent d'un manque de reconnaissance. L'image du professeur Nimbus a la vie dure.
La recherche nécessite du temps. Et le temps c'est de l'argent. Comment définir le rendement d'un mathématicien ? Pour un financier, c'est de l'argent à 99%  perdu. Dans l'industrie, on a recours de plus en plus à des produits "On the shelf" qui ne nécessitent pas de réflexion et qui ont un rendement immédiat.
Pas étonnant dès lors qu'on étrangle la créativité même si on n'arrête pas de chanter ses louanges dans les livrets diffusés en continu par le département de la  communication.


Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Peut-être reviendrais-je à plus d'enseignement vers l'extérieur à l'avenir.

Pour les générations montantes

Y aurait-il un conseil que vous pourriez donner à un étudiant qui hésite à continuer dans la voie des maths ?

Essayer de ne pas s'isoler, de se diversifier, de prendre d'autres matières universitaires comme la philosophie, l'informatique ou l'électronique. De privilégier les contacts humains avant tout. De prendre conseil auprès des professeurs de faculté sur les possibilités de carrière.

   Que conseilleriez-vous aux mathématiciens qui veulent entrer dans le domaine industriel ?
Choisir une filière math/informatique très en vogue actuellement . Au moins vous êtes sûr de pouvoir trouver quelque chose en informatique si cela se passe mal du côté des maths.