Portrait de Pierre Guérin, Ingénieur R&D chez EDF

  Pierre Guérin    Ingénieur R&D chez EDF

Parcours

Pourriez-vous nous rappeler rapidement votre parcours jusqu'à votre poste actuel ?

Après un master 1 de Mathématiques appliquées, j'ai intégré le master 2 "Mathématiques de la modélisation" de Paris VI, pour ensuite faire une thèse en simulation numérique pour les réacteurs nucléaires au CEA. A la fin de ma thèse j'ai intégré le groupe EDF à mon poste actuel, dans le groupe analyse et modèles numériques de la R&D.

Motivations

Qu'est-ce qui amène un mathématicien de formation à une carrière en entreprise ?

Les mathématiques appliquées sont utilisées de plus en plus intensivement dans l'industrie, et je prédis encore une forte croissance des modèles numériques en entreprise. De la conception à la sûreté en passant par les considérations environnementales, la simulation numérique apporte des gains précieux de temps, d'argent, de marges. Elle peut remplacer avantageusement des maquettes coûteuses et longues à réaliser. Dans un domaine que je connais moins, la finance, les mathématiques appliquées sont également très recherchées!

Y a-t-il eu des facteurs déclenchant, des influences qui vous ont guidé ?

Déjà très jeune, les problèmes mathématiques me stimulaient et aiguisaient ma curiosité. A l'Université, une première expérience en master 1 de Mathématiques pures m'a montré que je n'étais pas fait pour vivre "hors du réel". Et j'ai vite compris que les applications étaient essentielles pour ma motivation. Le master 1 de Mathématiques appliquées me l'a confirmé ; c'est à partir de ce moment là que j'ai abandonné l'idée de continuer dans une voie universitaire pour me diriger vers la recherche industrielle.

La réalité du métier

Votre vision des maths a t-elle changée depuis que vous êtes entré dans le monde du travail ?

En thèse au CEA, j'ai découvert à quel point les mathématiques étaient importantes pour l'entreprise, et même indispensables dans le secteur du nucléaire où seule la simulation permet de comprendre, expliquer et maîtriser des phénomènes non expérimentables, car aboutissant à des accidents graves !

   Pourquoi avez-vous choisi ce secteur ?
Le secteur de l'énergie me semble un des enjeux majeurs de ce siècle. Contribuer à son évolution m'a donc semblé être une belle opportunité. L'aéronautique m'aurait sans doute plu aussi. Mais une fois engagé dans ma thèse au CEA dans le domaine du nucléaire, j'ai décidé de continuer à y travailler.

 

Comment votre travail s'organise-t-il ?

L'ordinateur est notre outil de travail beaucoup plus que la feuille de papier, nos créations sont des logiciels d'appui à l'ingénierie. Certes la phase de mise en place d'algorithmes basés sur des idées ou des théorèmes "académiques" est primordiale, et ne fait pas appel à l'informatique. Mais ensuite la phase d'implémentation, d'optimisation, de débogage et de portage sur des calculateurs haute performance occupe la plus grande part de notre temps.
La collaboration entre mathématiciens, physiciens et informaticiens, désormais essentielle pour mettre en œuvre un logiciel de calcul haute performance, est très stimulante.

   Quelle est la place occupée par les mathématiques dans votre métier ?
Les mathématiques sont indispensables à presque tous les outils que nous concevons! Dans mon cas, la modélisation neutronique et radiographique demande de résoudre numériquement des équations de transport.

 

Est-ce bien payé ?

Je n’ai pas à me plaindre, le salaire est très correct ! Plus que le salaire, les conditions de travail sont avantageuses. Elles permettent de concilier vie professionnelle et vie privée, et de disposer de temps pour d'autres activités, par exemple pour donner des cours comme je l'ai fait à un moment de ma carrière.

   Que faites-vous actuellement  ?
Après avoir travaillé dans la continuité de ma thèse sur la simulation neutronique des cœurs de réacteurs nucléaires, je m'occupe maintenant d'un outil de modélisation de la radiographie industrielle.

Quels sont vos projets pour l'avenir ?

Pour l'instant je poursuit sur mon poste qui continue à m'intéresser et où j'ai toujours l'opportunité d'apprendre. Peut-être ensuite me rapprocherai-je d'autres branches de mon entreprise, puisqu'elle offre l'opportunité d'avoir une carrière et des expériences riches et variées.

Retour sur la formation

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre formation, en ce qui concerne les maths, mais pas uniquement ? Selon vous quelles sont les raisons qui font des mathématiques le sujet le plus difficile et aussi « détesté » parmi les autres disciplines ?

Je ne suis pas sûr qu'il est si détesté que cela ! L'abstraction et la rigueur rebutent certains élèves, mais d'autres y trouvent leur compte, et les Mathématiques présentent l'avantage d'être peu adhérentes aux conditions socioculturelles d'apprentissage. Elles peuvent donc offrir leur chance à des élèves qui a priori ne sont pas dans les meilleurs conditions sociales pour réussir ! Par contre il est dommage que les Mathématiques servent autant d'outil de sélection, beaucoup d'étudiants se forment donc aux maths à reculons et pas par goût, ce qui participe à l’image négative de la discipline.

Pour les générations montantes

Y aurait-il un conseil que vous pourriez donner à un étudiant qui hésite à continuer dans la voie des maths ?

Rien de tel qu'un stage dans un domaine proche de sa formation, pour savoir si le sujet et le travail conviennent et motivent !

   Que conseilleriez-vous aux mathématiciens qui veulent entrer dans le domaine industriel ?
Je trouve qu'une thèse en entreprise dans un domaine appliqué est un excellent tremplin vers une carrière dans la recherche en entreprise. La formation par la recherche permet d'acquérir des méthodes de travail qui sont des atouts dans le métier d'ingénieur chercheur, et la thèse peut être valorisée comme une première expérience professionnelle.