Portrait de François Loret, fondateur de la Société Stratinnov,

  François Loret    Fondateur de Stratinnov, bureau d’études spécialisé dans l’accompagnement des entreprises des filières innovantes.

Parcours

Pourriez-vous nous rappeler rapidement votre parcours jusqu'à votre poste actuel ?

J’ai suivi un cursus universitaire en mathématique à l’université de Rennes I. À la suite de mon DEA j’ai poursuivi en thèse au laboratoire POEMS (UMR CNRS-INRIA-ENSTA). J’ai réalisé deux post-doc avec la DGA et avec l’institut de mathématique de l’université de Toulouse III. J’ai alors changé d’orientation pour tenter l’aventure dans une entreprise. J’ai été recruté dans la société Glaizer Group où j’ai été responsable du pôle recherche et innovation.
Puis j’en suis parti pour créer ma structure, STRATINNOV.

Motivations

Qu'est-ce qui amène un mathématicien de formation à une carrière en entreprise ?

Simplement l’envie de se confronter aux problématiques industrielles et d’essayer d’apporter des solutions pragmatiques.
In fine l’envie d’exploiter la formidable boîte à outils qu’est la mathématique.

Y a-t-il eu des facteurs déclenchant, des influences qui vous ont guidé ?

J’ai toujours aimé comprendre les choses qui m’entourent et je me suis rendu compte que la mathématique me fournissait le moyen d'en comprendre énormément..

Pourquoi avez-vous décidé d'étudier les mathématiques ? Et après l'Université ?

J’ai donc tout naturellement suivi un cursus universitaire avec un passage dans une classe préparatoire technologique afin d’engranger des connaissances.
Le hic, c’est que l’on ne nous apprend pas réellement à mettre en oeuvre le bagage mathématique dont on nous équipe...

Est-ce que vous vouliez poursuivre une carrière universitaire ? Comment êtes-vous entré(e) dans la filière industrielle ?
Je souhaitais initialement poursuivre dans le monde académique une carrière de chercheur. Pour ne pas être désagréable, je dirai que je n’ai pas adopté les codes généralement admis pour pouvoir prétendre à un poste.
Je me suis alors tourné vers le monde industriel et initialement je me suis intéressé aux grandes entreprises. Là j’ai vécu la confrontation avec une certaine caste d’ingénieurs (que je côtoie aujourd’hui dans le cadre de mon activité) lors du processus de recrutement. Cette confrontation m’a fait choisir une autre orientation.
Pour autant, j’étais bien décidé à apporter mon grain de sel et mon regard décalé sur le traitement des problématiques industrielles.

La réalité du métier

Votre vision des maths a t-elle changé depuis que vous êtes entré dans le monde du travail ?

Ma vision n’a en rien changé. Mais je mesure la difficulté de valoriser directement les mathématiques en entreprise et l’énorme besoin latent. Je mesure aussi la grande
difficulté à faire entendre ces problématiques aux chercheurs en général.

   Pourquoi avez-vous choisi ce secteur ?

Je m’y plaîs et l’activité est en constante évolution depuis quelques années, ce qui permet un enrichissement au-delà de la variabilité des problématiques à traiter.

Comment votre travail s'organise-t-il ?

Une fois l’affaire signée, nous réalisons un diagnostic complet de l’entreprise et de ses besoins. Puis nous auditons certains collaborateurs et nous nous retirons dans nos bureaux pour travailler et échangeons régulièrement, au besoin avec le client jusqu’à la restitution du livrable. Nous mettons un point donneur à faire preuve d’originalité et d’une grande efficacité.

Quelle est la place occupée par les mathématiques dans votre métier ?

Les mathématiques en tant qu’application directe recouvrent trop peu de place dans notre activité. Je souhaite un changement sur ce point. Par contre, en tant qu’outil, modèle de réflexion et d’abstraction,cela guide l’ensemble de notre démarche qui se veut raisonnée.

   Est-ce bien payé ?

Cette activité peut potentiellement permettre de très bien gagner sa vie.

Que faites-vous actuellement  ?

Aujourd’hui je « navigue horizontalement » sur les trois axes proposés par Stratinnov :

  • L’analyse des voies d’exploration scientifiques et techniques (monographies, états de l’art, veille technologique, roadmapping, identification d’axes applicatifs).
  • L’analyse des opportunités du marché (veille concurrentielle, études d’opportunité, études de tendances, analyse de brevetabilité, scénario de valorisation, roadmapping marketing).
  • L’optimisation des coûts de la R&D&I par l’orchestration des aides publiques.

Retour sur la formation

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre formation, en ce qui concerne les maths, mais pas uniquement ?

Je pense que de manière générale, on fait la part belle au tout théorique ou dans d’autres disciplines au tout pratique. Je crois que l’on y gagnerait à faire la part des choses. Combien d’étudiants se retrouvent en math sans comprendre l’intérêt des notions qu’ils manipulent. Sans compréhension des tenants et des aboutissants il est normal de s’y perdre et d’y aller à reculant. Et cela va jusqu’aux enseignants qui ne connaissent pas, bien souvent -- et ceux qui connaissent ne les transmettent pas suffisamment --, les raisons et les cadres applicatifs concrets des notions que doivent ingurgiter les étudiants.
La mathématique en tant que matière se suffisant à elle-même est enseignée à tort trop souvent comme telle.

Selon vous quelles sont les raisons qui font des mathématiques le sujet le plus difficile et aussi « détesté » parmi les autres disciplines ?

La puissance des mathématiques vient de l’abstraction déterminant son cadre d’élaboration. C’est aussi ce cadre nécessaire au déploiement de cette discipline qui la rend austère et difficile car elle est enseignée, trop souvent, uniquement dans ce cadre abstrait en France.
On gagnerait à en sortir pour motiver le besoin de développement d’outils rendus plus simples par le plongement dans un cadre plus abstrait : le concret motivant le passage à l’abstrait -- pour gagner en efficacité -- avant de revenir au concret. Les autres disciplines paraissent plus accessibles parce qu’il est plus aisé de se raccrocher à des choses plus concrètes..

Quels sont vos projets pour l'avenir ? ?

J’aimerais créer une structure dédiée exclusivement à puiser dans les mathématiques pour fournir des réponses aux problématiques industrielles.

Pour les générations montantes

Y aurait-il un conseil que vous pourriez donner à un étudiant qui hésite à continuer dans la voie des maths ?

Difficile de répondre sans savoir d’où naît le doute. En conséquence il faudrait faire le point sur ce que souhaite réellement l’étudiant et la place des maths dans son projet ou ses aspirations.

   Que conseilleriez-vous aux mathématiciens qui veulent entrer dans le domaine industriel ?

De croire en leur potentiel et de ne pas avoir peur de naviguer en transversal sur différents domaines, tout en gardant en tête que le monde industriel est un monde très pragmatique dont il faut intégrer les contraintes.